CHEMIN DES PLUMES

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Des paysans victimes des lâchers de lapins des chasseurs !

  • 31 août 2023

À Cadenet, dans le Vaucluse, les autoproclamés « 1ers écolos de France » relâchent des lapins pour le seul plaisir de les flinguer, tout en éliminant les petits prédateurs qui leur feraient concurrence (renards, fouines…), le tout avec l’aval de l’Etat via le dispositif controversé de l’éco-contribution ! Résultat : les petits herbivores prolifèrent et génèrent quantité de dégâts sur les cultures maraîchères, au grand dam des petits paysans…   

Le cas de Cadenet, toute petite commune provençale, est tout à fait symptomatique de la manière dont est trop souvent scandaleusement gérée la faune sauvage en France, par des décisions administratives complètement gangrénées par le poids des lobbies de la chasse et des gros syndicats de l’agriculture intensive, alors qu’elles sont souvent totalement absurdes d’un point de vue écologique.   

Dernier exemple en date, de taille celui-là, à l’autre bout de l’échelle décisionnelle : la reconduite début août pour 3 nouvelles années par le ministère de la Transition écologique de la liste macabre des « ESOD », qui autorise sans aucune considération éthique ni justification scientifique un massacre illimité d’animaux sauvages jugés « nuisibles », tel le Renard roux. Ce petit carnivore, prédateur naturel de rongeurs et de lapins, se retrouve classé ESOD dans 88 départements dont le Vaucluse alors qu’il occupe une place de tout premier plan dans le bon fonctionnement des écosystèmes, et rend bien des services aux agriculteurs.

Lâcher des lapins, tuer ses prédateurs…

Ces renards, les maraîchers de Cadenet affiliés à la Confédération paysanne aimeraient bien en voir la couleur justement, pour les aider à protéger des petites dents ravageuses des lapins leurs choux, carottes et autres fraises, cultures qui ont déjà bien de la peine à pousser dans cette plaine soumise à rude épreuve par une sécheresse accentuée par le changement climatique.   

Moins de renards et un trop-plein de lapins : il se trouve que la commune, où les renards sont tirés et piégés, est directement concernée par un plan de réintroduction de lapins de garenne mené par la Fédération de chasse du Vaucluse dans la vallée de la Durance. D’après le journal La Provence, depuis 2020 plus de 100 terriers artificiels ont été installés pour plus de 3000 lapins réintroduits ; un projet cynégétique opaque et mal-géré qui a semble-t-il bénéficié de fonds publics alloués dans le cadre du très controversé dispositif d’éco-contribution mis en place sous Emmanuel Macron, qui sert à financer via l’OFB* “des actions concourant directement à la protection et à la reconquête de la biodiversité”…  

Dénigrant la détresse des paysans de Cadenet face aux dégâts provoqués par les petits lagomorphes, la société de chasse locale a fait pression au printemps dernier pour que le lapin ne se retrouve pas sur la liste annuelle des “espèces susceptibles d’occasionner des dégâts” de la catégorie 3 (ceci pour garder la main sur “leur” gibier…), ce que la préfecture leur a dans un premier temps accordé. Pour quelques mois seulement… Fin août en effet, la presse annonce qu’un arrêté va finalement être publié classant le lapin sur tout le territoire de la commune mais pas le reste du département. 

Nourrir les lapins pour mieux les gérer…

Lorsque les chasseurs sont au pouvoir, leurs intérêts égoïstes passent avant tout le reste. Contre les accusations de dégâts générés par la prolifération de lapins à Cadenet, ils répondent qu’ils gèrent leur petit gibier “de façon responsable” (sic)… Voici comment ils font : non seulement ils éliminent les renards qui leur voleraient leurs petits trophées, mais toujours d’après La Provence ils nourrissent carrément les lapins “pour protéger les cultures” agricoles ! Or comme on le voit par ailleurs avec les cochongliers entretenus au maïs d’agrainage, qui dit nourrissage artificiel dit meilleure reproduction de l’espèce, mais ça les chasseurs ne l’ont pas encore compris (ou font mine de ne pas le comprendre)…

Les chasseurs qui prétendent incarner « la ruralité » défendent aussi leur bifteck en rappelant que la réintroduction de lapins profite aux rapaces, comme l’aigle de Bonelli, mais que personne ne soit dupe : entre un relâcher qui vise à s’offrir des petites tueries entre amis et un programme sérieux de réparation des écosystèmes, réfléchi et concerté avec l’ensemble des acteurs locaux, il y a tout un monde !

Laissons la nature s’auto-réguler !

Alors, comment reprendre le pouvoir pour garantir une cohabitation harmonieuse entre la nature et les activités humaines ? À l’ASPAS, nos vaillants bénévoles sur le terrain obtiennent de bien précieuses petites avancées locales, comme dans les Deux-Sèvres, où plusieurs municipalités ouvertes aux questions de protection de la biodiversité ont voté des motions contre la destruction des renards (Melle, La Crèche). Et dans l’Hérault, grâce au travail de longue haleine de notre ancien délégué Christian Perrenot, le renard a pu échapper à la nouvelle liste ESOD dans plusieurs communes, justement pour son rôle de régulateur du “petit gibier” dont les lapins ! Oui le lobby de la chasse est puissant, mais oui il est possible de lui tordre parfois le bras… Ne lâchons rien !  

* OFB : Office Français de la Biodiversité