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Pourquoi les chardonnerets élégants sont un trafic « aussi rentable que la drogue »

Cette espèce, prisée pour son chant et son plumage multicolore, est revendue entre 50 et 1.000 euros le spécimen, sur le marché noir

  • Les trafics de chardonnerets élégants se multiplient, ces dernières années.
  • Cette espèce, prisée par les trafiquants pour son chant et son plumage multicolore, est revendue entre 50 et 1.000 euros le spécimen, sur le marché noir.
  • Pour l’espèce, ces trafics sont un véritable désastre. En France, la population de chardonnerets élégants à l’état sauvage a chuté d’au moins 40 %.

Le 12 avril dernier, la cour d’appel de Montpellier (Hérault) condamnait un trafiquant à deux ans de prison ferme, six mois de plus qu’en première instance. Ce n’est pas le commerce de stupéfiants ou de cigarettes de contrebande qui a conduit ce contrevenant à la barre, mais un trafic de chardonnerets élégants. Ces dernières années, ces oiseaux, prisés pour leur beauté et leurs chants mélodieux, sont victimes d’un impitoyable marché noir. Régulièrement, des spécimens de ces petits volatiles protégés sont capturés et placés dans des cages minuscules par des trafiquants, avant d’être revendus à prix d’or.

A l’Office national de la biodiversité (OFB) de l’Hérault, on croule, comme dans d’autres départements, sous les trafics de chardonnerets élégants. « Nous avons beaucoup de remontées d’associations de protection de la nature ou même de particuliers, qui sont témoins de captures ou qui remarquent que des oiseaux sont détenus illégalement sur des balcons, par exemple », explique Vincent Tarbouriech, chef de l’OFB dans l’Hérault. Il faut dire que ce business est particulièrement juteux. « C’est un trafic moins connu, mais malheureusement aussi rentable que la drogue, déplore Vincent Tarbouriech. Un oiseau peut être revendu de 50 à plus de 1.000 euros, selon son chant et son plumage. Si vous capturez quelques dizaines d’oiseaux par jour, ça chiffre très rapidement. »

Un désastre, pour la survie de l’espèce

Les trafiquants de chardonnerets élégants sont d’ailleurs, souvent, englués dans des combines de stupéfiants. Dernièrement, des gendarmes, qui enquêtaient sur une affaire de drogue, ont élargi le champ de leurs investigations, lorsqu’ils ont entendu… des gazouillis, derrière les discussions, dans les écoutes téléphoniques des suspects.

Pour l’espèce, ces trafics sont un véritable désastre. En France, la population de chardonnerets élégants à l’état sauvage a chuté d’au moins 40 %. « Ce n’est pas la seule cause, il y a aussi l’utilisation de certains pesticides, les modifications des milieux, notamment, explique Pierre Maigre, le président de la Ligue de protection des oiseaux (LPO) de l’Hérault. Mais ces trafics contribuent, malheureusement, à cette baisse des effectifs. » Dans certains pays hors d’Europe, où ces oiseaux sont les stars de concours de chant et d’élégance, on n’en trouve plus, ou presque, dans la nature. « Cela explique, aussi, ces envolées de prix », reprend le patron de la LPO de l’Hérault.

Une justice sévère, se réjouit la LPO

Pour capturer ces chardonnerets élégants qui sont si rémunérateurs, les trafiquants utilisent plusieurs méthodes, illégales et sévèrement punies. Avec de la colle, dont ils badigeonnent des bâtons. Les oiseaux, attirés par un point d’eau, des graines, d’autres oiseaux en cage ou des enregistrements de gazouillis, s’y perchent, et restent piégés. D’autres utilisent de grands filets, pour les arracher à leur milieu naturel.

Ces derniers temps, la justice s’est montrée sévère, à l’encontre des trafiquants de chardonnerets élégants. « Depuis quelques mois, nous constatons, avec une certaine satisfaction, que des tribunaux n’hésitent pas, lorsqu’il y a une récidive, des peines de prison ferme, reprend Pierre Maigre. Ce n’était pas le cas, autrefois. Une condamnation numéraire, à quelques centaines d’euros, compte tenu des gains générés par ce trafic, ce n’est pas dissuasif. » En France, la capture, la détention et le commerce des espèces protégées sont lourdement sanctionnés : les mis en cause encourent pour chacun de ses délits 3 ans d’emprisonnement et 150.000 euros d’amende.

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