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Les oiseaux disparaissent d’abord à cause de l’agriculture intensive, selon cette nouvelle étude

Les populations d’oiseaux ne cessent de diminuer en Europe. Une récente étude a comparé l’impact des différents secteurs responsables de leurs disparitions.

Par Margaux Lamoulie

– L’agriculture intensive fait encore parler d’elle. Une étude parue ce lundi 15 mai démontre que les exploitations agricoles sont les premières responsables du déclin des populations d’oiseaux.

En effet, de nombreux rapports montrent depuis quelques années que la démographie des volatiles est en baisse. Selon National Geographic, la population d’oiseau en Europe a baissé de 17 % à 19 % depuis 1980, ce qui correspond à la disparition de 560 millions à 620 millions de bêtes. « Le fait que la population d’oiseaux diminue fortement, c’était un fait déjà connu. Des analyses locales ou internationales avaient déjà été réalisées, mais aucune ne combinait une grande variété d’espèce sur une large période de temps, et le tout à grande échelle » a confié au HuffPost Stanislas Rigal, l’auteur principal de cette nouvelle étude.

L’équipe de chercheurs a donc réussi à rassembler tous ces critères pour la première fois. Leur étude repose sur plus de trente-sept ans de données provenant de vingt mille sites dispersés dans vingt-huit pays européens. Cela leur a permis de se pencher sur 170 espèces d’oiseaux communs, et notamment la famille des passereaux.

Quatre secteurs étudiés, l’un d’entre eux sort du lot

Les scientifiques ont identifié quatre principaux facteurs qui influencent la démographie des oiseaux : la couverture forestière, l’urbanisation, la hausse des températures et l’agriculture intensive. Afin de déterminer leur impact, ils ont mis en rapport les tendances annuelles de reproduction des espèces et celles des quatre critères sélectionnés. Résultat : le plus dévastateur est de loin l’agriculture. Les oiseaux des milieux agricole sont davantage touchés, mais les conséquences se répercutent chez les autres espèces.

Leur disparition est le résultat d’une déstabilisation de la biodiversité. En effet, les oiseaux se nourrissent essentiellement d’insectes. Mais comme le souligne l’étude, agriculture intensive rime souvent avec destruction de la biodiversité : parce que les forêts et les haies, qui grouillent de vie, sont abattues pour agrandir les cultures, mais aussi parce que les pesticides et insecticides tuent les insectes.

Les oiseaux ont donc de plus en plus de mal à s’alimenter, et cela est particulièrement critique au moment de la reproduction et de la naissance des petits. D’autant plus que la plupart des oiseaux communs d’Europe ont une espérance de vie assez courte (quelques années), et n’ont donc pas beaucoup d’occasions de se reproduire. C’est principalement la répétition de ce cycle qui a mené à la disparition des oiseaux, faisant de l’agriculture l’impact le plus dévastateur des quatre critères.

La couverture forestière et l’urbanisation en cause

Heureusement pour nos passereaux, le continent européen reste relativement riche en espaces forestiers. La préservation des espaces boisés, mais aussi la reforestation (volontaire ou via l’abandon de surfaces cultivées) sont des alliés des oiseaux en quête de refuge.

Il s’agit alors de forêt secondaire, c’est-à-dire une forêt repoussant sur une terre qui a été dominée par l’Homme. Bien qu’elles ne soient pas aussi optimales pour les oiseaux que les forêts primaires, qui sont restées vierge d’activité humaine, elles offrent tout de même un certain nombre de cachettes et de nourritures aux oiseaux. Elles sont donc plutôt avantageuses pour l’espèce.

Pour ce qui est de l’urbanisation, son impact est lui aussi modéré. Car si les habitats naturels des oiseaux sont détruits par l’étalement des villes, des espèces nommées « cavernicoles » sont capables de s’adapter au milieu urbain. Elles se contentent de n’importe quelle infractuosité et y construisent des nids sommaires avec quelques brindilles, sans avoir besoin de beaucoup de ressources.

Le réchauffement, pas le premier coupable

« Cela est toutefois de plus en plus difficile sur les bâtiments modernes, où les aspérités pouvant servir de cachettes aux oiseaux manquent » temporise Stanislas Rigal. Un besoin particulièrement aigu dans un contexte où les villes confrontées au réchauffement deviennent des îlots de chaleur.

Pourtant si la hausse des températures cause de nombreux problèmes environnementaux, elle n’est pas aussi destructrice pour les oiseaux que l’on pourrait le penser. Car bien que le réchauffement handicape certaines espèces, « il est aussi favorable à d’autres, pour lequel la chaleur est bénéfique » explique le principal auteur de la thèse.

Mais surtout, le changement climatique est déjà engagé, et « c’est malheureux, mais c’est déjà trop tard » confit Rigal. Alors que pour le milieu agricole, il est encore temps de changer la donne, estime le chercheur : « L’agriculture en elle-même peut évoluer sous l’influence de mesures et de lois. On ne pointe pas du doigt les agriculteurs, mais c’est le modèle qui est à repenser.»