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Jour du dépassement : à partir du 2 août 2023, l’humanité tapera dans le « capital » de la Terre

Loïc Chauveau le 01.08.2023

Au cours des cinq prochains mois et à partir du 2 août, la consommation des biens et produits des humains excédera la capacité annuelle de la Terre à les produire. Cet indicateur stagne depuis une décennie, démontrant ainsi que les grands accords internationaux sur l’environnement ne sont pas encore entrés en application.

Ce 2 août sera le « jour du dépassement ». À partir de cette date, le bois notamment, ne peut plus être reconstitué par les capacités biologiques de la planète.

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Ce 2 août sera le « jour du dépassement ». À partir de cette date, l’énergie, la nourriture, le bois, les poissons, etc. ne peuvent plus être reconstitués par les capacités biologiques de la planète. L’activité humaine utilise donc des ressources non renouvelables provoquant l’épuisement de la Terre. Cela fait désormais vingt ans cette année que la Fondation pour les données sur l’empreinte écologique (FodaFo) issue de l’ONG Global Footprint Network (GFN) et de la Faculté des études environnementales de l’Université de York à Toronto (Canada) publie cet indicateur imageant l’impact de l’humain sur les milieux naturels.

Ce jour du dépassement est calculé à partir des surfaces nécessaires pour produire les ressources consommées et la capacité des espaces (champs cultivés, forêts, zones de pêche) à renouveler ces prélèvements. Actuellement, la biocapacité de la Terre est évaluée à 12,1 milliards d’hectares, soit 1,6 hectare par habitant en moyenne. 32 % de ces surfaces sont des terres cultivées, 12 % des pâturages, 43 % des forêts, 9 % des pêcheries et 4 % des terres productives occupées par les routes et les infrastructures urbaines. La surconsommation actuelle est de 21 milliards d’hectares soit 1,75 planète Terre. Pays développé et donc bien plus consommateur que les pays en développement, la France voit son jour de dépassement rester au 5 mai, comme en 2022. Pour assurer le niveau de vie d’un Français, il faudrait 2,86 Terres.

60% de l’empreinte écologique provient des émissions de gaz à effet de serre

Cette empreinte écologique est nourrie par les diverses statistiques des différents organismes de l’ONU comme le Fonds pour l’agriculture et l’alimentation (FAO). En utilisant les données anciennes, on peut ainsi remonter dans le temps. Ainsi, en 1970, le dépassement s’est effectué le 29 décembre, en 1980 le 4 novembre, en 2000 le 23 septembre et en 2010, le 7 août. En 2022, c’était le 28 juillet. La date du 2 août pourrait donc constituer le signal que le combat écologique engrange ses premiers résultats. Ce n’est pas le cas.

« En réalité, ces cinq jours n’ont pas été gagnés par un effort international mais par l’utilisation de nouvelles données plus précises, pondère Jean Rousselot, spécialiste des questions d’eau au WWF France. Ainsi, les déclarations de productions aux niveaux nationaux sont plus justes, les données de production des cultures et pâturages ont été revues et l’empreinte s’est affinée avec les progrès scientifiques sur la séquestration de carbone par les océans. » L’empreinte de 2022 a ainsi été recalculée au 1er août, ce qui ne fait qu’un gain de 24 heures, le premier cependant enregistré depuis 1970. En revanche, le GFN ne peut préciser si cette journée est due à un ralentissement de la croissance mondiale ou aux premiers effets des efforts de décarbonation de l’industrie et des services internationaux.

jour de dépassement 2023

L’évolution du jour du dépassement depuis 1970. Une stagnation est constatée depuis environ une décennie mais pas de progrès enregistré. © GFN

Car 60% de l’empreinte écologique proviennent des émissions de gaz à effet de serre. Le changement climatique qui en découle affecte directement la biocapacité de la planète. « Pour tenir la feuille de route climatique recommandée par les experts du Giec – soit une réduction des émissions mondiales de 43 % d’ici à 2030 -, il faudrait parvenir à gagner au moins 19 jours par an sur les sept prochaines années« , signale Jean-Louis Bergey, expert national de la direction Exécutive Prospective et Recherche (DEPR) de l’Ademe. Ainsi, la réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre telle qu’adoptée principalement par l’Union européenne au niveau mondial avec son « Green deal » permettrait de voir le jour du dépassement s’effectuer à la mi-novembre dès 2030. Un véritable retournement de tendance.

Des solutions existent mais elles ne sont pas pleinement appliquées

GFN a ainsi calculé les gains cumulés des actions qui doivent être entreprises dans cinq secteurs pour retrouver une consommation qui respecte les limites planétaires : l’environnement, l’énergie, la nourriture, les villes et la population. Et c’est, sans surprise, l’action climatique, notamment à travers la taxation des émissions de CO2, qui permet le plus grand gain avec 63 jours effacés de la colonne débit. Plus discutée, la seconde solution la plus efficace selon l’ONG est la limitation des naissances (un enfant de moins par famille et recul du premier enfant pour chaque femme de deux ans) avec un gain estimé de 49 jours si en 2050 la population est à 7,7 milliards d’humains contre 9,7 milliards selon la tendance de croissance actuelle. La troisième solution sur le podium, ce sont les politiques publiques du type « Green deal » accélérant la décarbonation des activités humaines avec 42 jours gagnés.

Des solutions existent donc pour respecter la capacité de la Terre à renouveler les services rendus à l’humanité. Mais elles ne sont pas encore appliquées. « Le fait que le jour du dépassement stagne montre que l’on n’a par exemple pas encore mis en œuvre l’accord de Paris sur la réduction des gaz à effet de serre », note Jean Rousselot.