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Belette, corneille… Qui sera sur la prochaine liste des « nuisibles » ?

Le gouvernement va publier sa liste des espèces nuisibles d’ici début juillet au plus tard. Une consultation publique doit être lancée cette semaine pour définir les « espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (ESOD) » qui y seront inscrites. Ces dernières pourront être abattues et/ou piégées en-dehors des périodes de chasse, voire toute l’année pour certaines d’entre elles. Ainsi, depuis le précédent arrêté de 2019, 6 600 pies bavardes ont été tuées en Saône-et-Loire et 14 500 belettes éliminées dans le Pas-de-Calais.

Parmi les espèces inscrites sur la liste de 2019, le geai des chênes, l’étourneau sansonnet, le corbeau freux, la corneille noire, la fouine, la martre et le renard. Ainsi, 6,8 millions de renards ont été tués entre 2018 et 2022 selon la Ligue pour la protection des oiseaux. Y figurent aussi des espèces exotiques envahissantes, telles que le ragondin et le rat musqué, et d’autres considérées comme nuisibles sur certains territoires, comme le lapin de garenne et le pigeon ramier.

Plusieurs associations écologistes se sont élevées contre ce classement. Les déclarations de dégâts faites par les particuliers, les agriculteurs et les chasseurs, censées justifier l’inscription d’une espèce sur la liste, ne font l’objet d’« aucun contrôle sur la véracité des faits et les estimations des préjudices », dénonce la LPO. La Société pour l’étude et la protection des mammifères (SFEPM) juge quant à elle « totalement arbitraires » les seuils de dommages et le nombre de plaintes engendrant le classement en ESOD, laissé « à la seule appréciation » de quelques personnes.

Des espèces menacées peuvent figurer sur la liste

Parfois, « le simple fait qu’une espèce déjà listée soit présente sur une large partie du département et qu’il y ait des activités économiques susceptibles d’être impactées » sans que des dégâts soient réellement recensés « peut être suffisant pour justifier sa destruction dans le département concerné », dénonce l’association. En outre, « aucune publication scientifique ne prouve que l’élimination des espèces classées ESOD permet de limiter les dégâts, parfois, c’est même le contraire », affirme la LPO.

Surtout, des espèces menacées peuvent figurer sur la liste. C’était le cas du putois d’Europe, « quasi menacé » en France depuis 2017 selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), et pourtant inscrit sur l’arrêté de 2019 jusqu’à ce que le Conseil d’État l’en retire en 2021 pour cause d’« état de conservation défavorable ».

« Ce classement ESOD ne peut plus durer », s’est ainsi insurgé Matthieu Orphelin, directeur général de la LPO. Un avis de plus en plus partagé : selon un récent sondage Ifop pour le compte de six associations, 65 % des Français sont opposés à ce type de classification.