CHEMIN DES PLUMES

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12 000 espèces recensées par 350 scientifiques : l’incroyable inventaire du parc du Mercantour

Par Loïc Chauveau

Depuis 2007, les scientifiques tentent d’inventorier le plus grand nombre possible d’espèces animales et végétales présentes dans le parc national du Mercantour (Alpes-Maritimes). Une expérience qui démontre la richesse d’une diversité biologique en danger.

Chercher la petite bête : c’est ce que les scientifiques font depuis 2007 sur les 2163 km² du parc national du Mercantour, vaste espace de montagnes alpines à la frontière avec l’Italie. Les résultats de leurs efforts viennent d’être publiés dans la revue Biodiversity Data Journal. Ils sont stupéfiants. Ces espaces de forêts de résineux, de pelouses sèches, de lacs de haute altitude, de grottes, de zones humides, d’alpages recèlent 12 640 espèces végétales et animales dont une cinquantaine étaient inconnues de la science avant l’inventaire. Au moins. « Car quand on cherche, on trouve », s’amuse Marie-France Leccia, chargée de mission partenariats scientifiques au Parc national du Mercantour.

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Les limites du parc naturel du Mercantour. En rosé, le parc national italien, en vert clair, le cœur du parc où les activités humaines sont strictement contrôlées, en vert foncé les territoires des communes associées au parc. Copyright : Open Tomo map/parc du mercantour

Que ces vastes espaces quasi inhabités s’étageant entre 350 et 3297 mètres (le mont Argentera en est le point culminant) soient riches en espèces, aucun naturaliste n’en doutait. Outre les différences d’altitude, la région est sous la triple influence des climats méditerranéen, alpin et continental. Façonnées par l’érosion, les vallées de la Roya, de la Bévéra, de la Vésubie, de la Tinée, du Var, du Cians, du Verdon et de l’Ubaye font alterner les couches géologiques de roches cristallines (gneiss, granit) et sédimentaires (calcaires, schistes) induisant des types d’habitat et donc de faune et de flore très différents. Cette région des Alpes n’a par ailleurs pas été affectée par le dernier âge glaciaire — il y a 20.000 ans — et a donc servi de refuge pour de nombreuses espèces. L’homme y est présent depuis au moins le néolithique, ainsi qu’en témoignent les 4000 pierres gravées de la vallée des Merveilles.

A la recherche des plus petites espèces d’invertébrés

On en connaît les animaux emblématiques les plus spectaculaires : l’aigle royal, le circaète Jean-le-blanc, le gypaète barbu, la marmotte, le cerf élaphe, l’hermine et, bien sûr, le loup qui a reconquis le territoire français à partir du Mercantour.