rapport_ue_de_forestation_wwf_france Rapport France Biodiversité du WWF

Le saviez-vous ? La France est l’un des pays les plus riches en biodiversité, mais elle se classe aujourd’hui 6ᵉ au monde pour le nombre d’espèces menacées. Si 80 % de cette biodiversité se situe dans les Outre-mer, les connaissances y sont encore limitées.
En métropole, le constat est clair : le vivant recule, mais ce déclin n’est pas une fatalité.
Les milieux naturels sont fortement dégradés. Depuis 1950, 70 % des haies ont disparu, entraînant l’effondrement de nombreuses espèces agricoles comme le moineau friquet (-91 % en 20 ans). 50 % des zones humides ont disparu entre 1960 et 1990.
Les forêts, bien que doublées en surface depuis le XIXᵉ siècle, restent trop jeunes pour abriter toute la richesse du vivant, et le Grand Tétras a perdu 36 % de sa population dans les Pyrénées en 15 ans.
Dans les océans, plus d’un tiers des raies, requins, mammifères marins et stocks de poissons sont menacés, avec par exemple un déclin de 99 % pour le requin griset depuis 1999.
Malgré ce tableau préoccupant, la conservation fonctionne. Sur 248 espèces protégées analysées, l’étude France biodiversité entre déclins et espoirs du WWF France montre que les populations d’espèces protégées ont augmenté de 120 % en moyenne depuis 1990. Les espèces bénéficiant d’un Plan National d’Actions voient leur population multipliée par six. Aujourd’hui, seulement 3 % des espèces en bénéficient. Pour protéger efficacement la biodiversité, il faut des moyens financiers, humains et un suivi sur le long terme.
Pour lire le rapport c’est ici
Mardi 9 décembre, Yann Laurans, directeur de la conservation au WWF France, était l’invité du 11h/13h de franceinfo. Il dresse un bilan contrasté de la biodiversité en France : malgré un déclin inquiétant de nombreuses espèces, il rappelle que ce déclin n’est pas une fatalité et qu’il est possible d’inverser la tendance grâce à des actions concrètes de protection et de restauration.
Ce texte correspond à la retranscription d’une partie de l’interview ci-dessus
Flore Maréchal : Vous présentez un rapport France – Biodiversité : entre déclin et espoir. Et la première information essentielle, finalement, c’est qu’il n’y a pas de fatalité.
Yann Laurans : Exactement. Dans un tableau globalement sombre, il subsiste une lueur d’espoir. Les espèces continuent de s’effondrer et, d’ailleurs, nous manquons encore de nombreuses données pour documenter précisément ce déclin, notamment en outre-mer. Mais le rapport montre clairement que lorsqu’on agit, les résultats sont là. Lorsqu’on protège les espèces, leurs effectifs peuvent remonter.
Le rapport révèle ainsi qu’en moyenne, en France métropolitaine, les populations d’espèces protégées ont augmenté de 120 % depuis les années 1990. Elles ont plus que doublé. C’est l’illustration même de ce que vous venez de dire : quand on veut, on peut.
Il s’agit d’une moyenne : certaines espèces se portent moins bien malgré leur protection, d’autres bien mieux. Mais globalement, sur l’échantillon étudié qui représente un peu moins de la moitié des espèces protégées, soit environ 15 % de l’ensemble des vertébrés présents en France, nous observons une hausse des effectifs. Le pic noir, par exemple, a vu sa population fortement augmenter grâce aux efforts menés et, notamment, à la mise en place de plans nationaux d’action dotés de moyens dédiés.
Les moyens sont évidemment la clé pour sauver certaines espèces. Vous l’avez dit, malgré tout, la situation reste grave : la France possède l’une des biodiversités les plus riches au monde, mais elle recule partout dans les champs, les zones humides, les forêts, les océans. Vous évoquez un déclin de 80 % dans les milieux forestiers. Les chiffres sont impressionnants.
Oui, ils le sont. Imaginez : nous avons perdu 30 % des brochets, 90 % des moineaux friquets… En Guyane, les pontes de tortues luth cette grande tortue au dos de cuir ont chuté de 98 % en quarante ans. Même les dauphins communs ont décliné de 21 %. Le tableau n’a donc rien de réjouissant. Mais ce que nous montrons ici, c’est que ce déclin n’est pas une fatalité : c’est le résultat de choix. Lorsque nous décidons d’inverser la tendance, cela fonctionne.
Les espèces les plus menacées sont surtout des oiseaux et des poissons ?
Oui, beaucoup appartiennent aux zones humides et aux milieux aquatiques : rivières, plans d’eau, littoraux. Ce sont des environnements fortement dégradés.
En raison du réchauffement climatique ?
À cause du réchauffement climatique, mais aussi parce que, depuis l’après-guerre, nous avons collectivement à l’exception des ONG cherchés à assécher les milieux humides, perçus comme problématiques. En réduisant leur caractère humide, nous avons diminué la présence d’espèces qui en dépendent.
Certaines populations restent également très fragiles, comme les grands tétras ou le lynx boréal.
En effet. Certaines espèces ont vu leurs effectifs remonter par rapport aux années 1970 ou 1990, mais demeurent extrêmement vulnérables. Le lynx, par exemple, compte entre 100 et 200 individus en France. Ce n’est qu’une estimation, mais cela montre sa fragilité. Rien ne garantit que l’espèce sera encore présente en 2050 : la remontée reste très fragile.
Et vous l’avez dit : tout cela relève d’un choix. Alors, concrètement, comment protège-t-on ces espèces ? Il faut des moyens techniques, humains et financiers.
Exactement : les trois, et aussi de la réglementation. Il faut commencer par interdire la destruction ou le tir de ces espèces. Ensuite, il faut des moyens techniques : restauration des habitats, études scientifiques, suivi des populations… Et bien sûr, des moyens financiers. Ce ne sont pas les animaux qui ont besoin d’argent, mais les personnes et les structures qui œuvrent pour restaurer ou préserver leur habitat. Le flamant rose, par exemple, est revenu parce qu’on a restauré, dans les années 1960-1970, un petit îlot protégé des prédateurs. C’est cette action concrète qui a permis le retour de l’espèce en France.
Vous mentionnez aussi les interdictions de chasse ou de pêche, comme dans le golfe de Gascogne. Les dauphins ont pu y revenir après l’instauration d’une interdiction temporaire.
Oui, en réduisant le temps de pêche. Moins pêcher ne signifie pas pêcher moins de poissons : pendant les périodes de pause, les populations se reconstituent. Résultat : il y a davantage de poissons lorsque la pêche reprend, et les dauphins reviennent également. Cela fonctionne même si les réductions actuelles ne sont pas encore suffisantes : il faudrait aller plus loin.
Source : France Info