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Les haies, un enjeu majeur de la biodiversité de nos campagnes

Le gouvernement a présenté aujourd’hui son « pacte en faveur de la haie », visant à restaurer ces structures paysagères essentielles dans la lutte contre le réchauffement climatique et le déclin de la biodiversité. Nos associations LPO, France Nature Environnement, WWF France et Humanité & Biodiversité saluent des objectifs ambitieux mais pointent plusieurs sources d’inquiétudes.

La France perd tous les ans plus de 20 000 km de haies selon un rapport du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) publié le 24 avril 2023. Ce rythme a doublé au cours des 10 dernières années en dépit des nouvelles plantations effectuées. Depuis 1950, près de 70% des haies ont ainsi disparu des bocages français. En cause : le remembrement des parcelles agricoles, la mécanisation de l’agriculture, l’expansion urbaine, le non entretien des haies et le déclin de l’élevage extensif.

Pourquoi tant de haies ?

Habitats indispensables à la survie de nombreuses espèces sauvages, les haies limitent également l’érosion des sols, participent au stockage du carbone, régulent la ressource en eau, fournissent de l’ombre pour le bétail, tout en ayant un effet coupe-vent.

Suite aux annonces faites ce jour par le Ministre de l’Agriculture, nos organisations de protection de la nature saluent l’objectif de replantation visant un gain net total de 50.000 km de haies d’ici 2030. Elles se réjouissent également de la mobilisation d’une enveloppe de 100 millions d’euros en accompagnement de cet objectif dès 2024, mais insistent sur la nécessité que celle-ci soit reconduite chaque année jusqu’à 2030.

Cependant, plusieurs éléments du pacte en appellent à notre plus grande vigilance :

  • L’approche quantitative privilégiée par le gouvernement semble s’opérer au détriment du qualitatif. Au-delà des nouvelles plantations, il est indispensable de prioriser la protection et la valorisation des haies existantes, qui présentent les meilleures fonctions écologiques et agronomiques. Nos organisations s’opposent ainsi à tout assouplissement de la réglementation qui viserait à réduire la période d’interdiction de taille des haies en période de reproduction de la faune sauvage ou à simplifier les procédures d’autorisation d’arrachage.
  • En l’état, les modalités de valorisation de la biomasse provenant des haies ne s’accompagnent pas de garanties suffisantes pour éviter leur surexploitation. Nous rappelons donc l’importance du « Label Haie », seul à même de garantir leur bon état écologique, par exemple par le biais d’une valorisation financière dans le cadre de la Politique agricole commune.
  • La gouvernance du pacte apparaît déséquilibrée entre les ministères de l’agriculture et de l’écologie, alors même que la volonté d’homogénéiser l’encadrement des haies en milieux rural et urbain avait été initialement annoncée.

Pour Allain Bougrain Dubourg, Président de la LPO : « Les politiques agricoles productivistes menées en Europe depuis la fin de la seconde guerre mondiale à grands renforts de pesticides figurent parmi les premières causes du déclin de la biodiversité. Ce « Pacte en faveur de la haie » est un signal attendu vers une réconciliation entre l’agriculture et la nature. D’autres doivent suivre en urgence. »

Pour Bernard Chevassus-au-Louis, Président d’Humanité et Biodiversité : « Au delà d’un objectif quantitatif, il est capital de prendre en compte la qualité des haies et la diversité de leurs services, tant dans leur conception que dans leur gestion. La certification des haies par le « Label Haie » est impératif si l’on veut que cette dépense publique soit pleinement efficace ».

Pour Cécile Claveirole, pilote du réseau agriculture de France Nature Environnement « L’urgence est à la préservation des fonctions écologiques et agronomiques des haies existantes, symboles de nos paysages et cela passe par la réglementation et la gestion durable. »