Laisser pousser la pelouse

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JARDIN

aménager des refuges, arrêter de nourrir les oiseaux… Six conseils pour que votre jardin préserve la biodiversité

LOUIS SAN

Il faut « laisser s’exprimer la spontanéité de la nature » et limiter l’intervention humaine, résume Aurélien Daloz, de l’Office français de la biodiversité.

Agir à la maison pour l’environnement, c’est possible. Les Français réinvestissent leurs jardins avec l’arrivée des beaux jours. Entre la terrasse, la corde à linge et le barbecue, il est possible de protéger la biodiversité, qui est en crise. Car sa sauvegarde ne se joue pas seulement dans les grands espaces, les océans et les forêts, mais aussi chez les particuliers, en ville comme à la campagne. Le Muséum national d’histoire naturelle(Nouvelle fenêtre) rappelle que la France compte 17 millions de jardins privés, couvrant au total plus d’un million d’hectares. C’est quatre fois plus que la surface des réserves naturelles françaises(Nouvelle fenêtre). Franceinfo livre six conseils pour contribuer à la préservation de la biodiversité en passant par son jardin.

1 Arrêter de nourrir les oiseaux

Nouvelle saison rime avec nouveau régime pour les oiseaux. Les boules de graisse mises à leur disposition en hiver doivent être remisées à l’arrivée du printemps. « Il est désormais temps de réduire petit à petit les quantités, afin de stopper tout nourrissage au bout de 7 à 10 jours, explique la Ligue de protection des oiseaux (LPO)(Nouvelle fenêtre). Cet arrêt est important, car les lipides des graines ou des boules de graisse ne sont pas adaptés aux futurs poussins qui doivent être nourris exclusivement de protéines. »

La LPO ajoute que « la dépendance à un lieu précis de nourrissage doit cesser pour inciter les oiseaux à chercher par eux-mêmes la nourriture la plus adéquate à leur biologie ». Toutefois, il est toujours utile de leur fournir de l’eau, dans des abreuvoirs propres et accessibles. La démarche est d’autant plus précieuse que les vagues de chaleur sont de plus en plus précoces, intenses et longues en raison du réchauffement climatique lié aux activités humaines.

2 Ne pas tailler les haies entre la mi-mars et la fin août

Alors que le nombre d’oiseaux a diminué de 25% en près de quarante ans en Europe, il devient crucial de préserver le calme lors de la saison de la nidification. « Afin de ne pas déranger les couvées », la LPO recommande(Nouvelle fenêtre) de ne plus tailler les haies et de ne pas élaguer les arbres, de la mi-mars à la fin du mois d’août, c’est-à-dire d’« attendre l’envol des derniers oisillons ».

Que faire pour les retardataires qui n’ont pas réalisé les tailles pendant l’hiver ? « On peut laisser courir. Ce n’est pas très grave d’avoir des branches un peu folles », commente auprès de franceinfo Aurélien Daloz, chef adjoint du service usages et gestion de la biodiversité à l’Office français de la biodiversité (OFB). « Il faut laisser la faune des haies tranquille », insiste-t-il.

Le spécialiste ajoute que les haies doivent, dans l’idéal, être composées de grands arbustes (comme l’aubépine, le buis, le noisetier) et de plus petits (argousier, cassis, framboisier). Il est aussi recommandé de planter des essences locales, qui ont « coévolué » avec les insectes. « Il y a 1 000 espèces d’abeilles en France et elles se sont adaptées à la flore locale », illustre-t-il. Il est donc préférable de privilégier le prunellier, dont peuvent se nourrir les chenilles de 60 espèces de papillons d’Europe, au laurier palme, originaire de l’Himalaya. Les haies et clôtures ne doivent pas non plus être hermétiques : les petites ouvertures permettent aux hérissons, par exemple, de se déplacer pour trouver leur nourriture.

3 Laisser pousser la pelouse

Pour préserver la biodiversité, Aurélien Daloz répète qu’il est nécessaire de « changer notre regard » et qu’il faut « laisser s’exprimer la spontanéité de la nature ». A l’échelle d’un pavillon et d’un jardin, cela signifie laisser l’herbe pousser et ne pas s’en offusquer.

« Quand on ne tond pas, cela ne veut pas dire que notre jardin est sale. Au contraire, il est vivant. »

Aurélien Daloz, chef de service adjoint à l’Office français de la biodiversité

à franceinfo

« Un gazon tondu à 4 centimètres, il n’y a pas de vie dedans », expliquait l’an dernier Noëlle Parisi, responsable technique du Jardin des plantes de Paris. Il ne s’agit pas forcément de se laisser envahir par la végétation, mais de limiter les coupes. « En tondant tous les mois sa pelouse, on enlève toutes les fleurs qu’il y a dessus et donc des ressources potentielles pour les différents insectes », exposait également Alexandre Barraud, chargé de recherche au sein de l’ONG Pollinis.

Il est recommandé de laisser les végétaux pousser en dehors de la zone avec la table de jardin, des allées et des aires de jeux. Si ce n’est pas possible, il est salutaire de maintenir des bandes d’herbes hautes pour permettre aux insectes et animaux de profiter de zones fraîches, de couloirs pour trouver de la nourriture ou encore pour se déplacer.

4 Aménager des refuges pour les insectes

Un jardin peut devenir plus accueillant pour le vivant (insectes, batraciens ou encore petits mammifères) si vous le laissez vivre, et avec quelques gestes simples. Les hôtels à insectes peuvent représenter une piste, mais il est impératif de suivre des règles détaillées notamment par franceinfo, France 3 Normandie(Nouvelle fenêtre) ou encore France 3 Nouvelle-Aquitaine(Nouvelle fenêtre) : surélever l’hôtel du sol, le mettre à l’abri des vents dominants et ne pas le placer trop près de la maison. Ces abris sont toutefois critiqués parce qu’ils favorisent la transmission de pathogènes entre individus et qu’ils se retrouvent colonisés par une espèce d’abeilles invasive venue d’Asie : la Megachile sculpturalis, pointe Aurélien Daloz.

Aux « hôtels à insectes », qui concentrent les populations dans un seul et même endroit, cet expert préfère de « petites chambres d’hôtes » différentes et disséminées dans le jardin. Il peut s’agir d’un tas de tuiles dans un coin, d’un tas de bois dans un autre, d’un tas de feuilles ou d’un tas de paille encore ailleurs : des insectes pourront s’y loger ou manger le bois dont ils ont besoin. Le spécialiste de l’OFB rappelle qu’il suffit parfois de ne rien faire, ou de simplement veiller à avoir un sol sain, car plus de 70% des espèces d’abeilles nichent au sol. De son côté, Anne-Marie Nageleisen, fondatrice des potagers en carré à la française, suggère aux personnes qu’elle forme de réaliser des bûches percées afin que les abeilles solitaires puissent y nicher, rapporte France 3 Centre-Val de Loire.

Aurélien Daloz note que la création d’une mare, même de petite taille, dans un jardin s’avère particulièrement bénéfique pour la biodiversité, et « réjouissante » pour les humains. « Une mare va très vite attirer des oiseaux, des insectes qui vont se reproduire dans l’eau, ou des amphibiens, pointe-t-il. En été, les animaux vont pouvoir venir boire. N’importe quel point d’eau dans un jardin est intéressant. »

Côté pratique, une mare doit idéalement compter des pentes douces, pour ne pas piéger les amphibiens, et différentes profondeurs. En revanche, mieux vaut éviter d’y installer des poissons, qui se nourrissent des œufs pondus par les insectes, souligne Aurélien Daloz.

5 Choisir des plantes qui se protègent entre elles

Les particuliers français ne peuvent plus acheter, utiliser et stocker de pesticides pour jardiner et désherber depuis le 1er janvier 2019(Nouvelle fenêtre), rappelle l’OFB(Nouvelle fenêtre). « Seuls les produits de biocontrôle, les produits qualifiés à faible risque ou ceux utilisables en agriculture biologique restent accessibles aux particuliers, détaille l’organisme. Ils portent la mention ’emploi autorisé dans les jardins’ (EAJ) et restent malgré cela des pesticides. »

Il est possible de se passer de ces produits, comme l’avait détaillé en 2023 le média spécialisé Nowu ou France 3 Alsace(Nouvelle fenêtre). Une méthode facilement mobilisable dans le jardin consiste à varier les cultures et faire appel à des plantes qui se protègent mutuellement. « Si on plante à côté des carottes et des pommes de terre du ricin, cela va repousser les rats taupiers », expliquait en 2019 à France 3 Nouvelle-Aquitaine(Nouvelle fenêtre) Damien Dekarz, spécialiste de la permaculture. « Les plantes très odorantes repoussent les insectes », rappelait aussi France 3 Normandie(Nouvelle fenêtre) en 2020, mentionnant notamment l’ail, l’oignon, la ciboulette, le cerfeuil ou encore l’aneth. Le thym, lui, repousse la mouche blanche, qui s’en prend souvent aux haricots, aux pois et aux tomates, alors que les menthes repoussent la mouche du chou.

Certains insectes peuvent aussi être des alliés des cultures, comme l’a détaillé France 3 Auvergne-Rhône-Alpes(Nouvelle fenêtre) en 2021. Le plus connu, la coccinelle, dévore par exemple les pucerons. Mais les syrphes, qui ressemble à de petites guêpes, en raffolent également. Les carabes, qui ont l’apparence de scarabées colorés et au corps allongé, se nourrissent de quantités importantes d’œufs de limaces et parfois des limaces elles-mêmes. Vantant une fois de plus les bénéfices d’une mare dans son jardin, Aurélien Daloz glisse : « Les meilleurs antilimaces, ce sont les crapauds. »

6 Limiter la pollution lumineuse

Un autre geste simple à appliquer consiste à réduire la pollution lumineuse, qui a de nombreux effets néfastes sur la biodiversité. Il s’agit de ne pas perturber les chauves-souris, les papillons (dont environ 80% sont nocturnes) et tous les autres animaux qui s’activent la nuit.

Il faut de la lumière dans le jardin uniquement lorsque l’on s’y trouve, ce qui signifie éviter les petites lanternes solaires qui brillent en continu. Il ne faut pas se fier à leur faible brillance : toute source lumineuse est nocive, appuie Aurélien Daloz. Et lorsque la lumière doit être allumée, l’expert préconise des lampes qui ne diffusent pas la lumière vers le ciel, mais qui sont équipées d’un toit permettant de diriger la lumière vers le sol.