JOUR DU DÉPASSEMENT

« Jour du dépassement » : visualisez à quel point la France épuise les ressources naturelles depuis dix ans

 

Si toute l’humanité vivait comme des Français, elle aurait consommé à compter de ce 24 avril l’ensemble des ressources que la planète peut renouveler en une année, selon l’ONG Global Footprint Network.

Corentin Alloune (France Télévision)

rois mois et vingt-quatre jours. En ce vendredi 24 avril 2026, la France a atteint son « jour du dépassement », c’est-à-dire le seuil à partir duquel, si toute l’humanité vivait comme des Français, elle aurait déjà consommé l’ensemble des ressources que la planète peut renouveler en une année.

En 2017, le « jour du dépassement » était fixé au 3 mai, puis au 5 mai en 2018 et 2019. En 2020, cette date a été exceptionnellement repoussée au 14 mai, soit un décalage de neuf jours par rapport aux deux années précédentes, en raison de la pandémie de Covid-19, qui a entraîné un ralentissement des activités humaines avec les réductions des déplacements et de la production industrielle. Mais cette amélioration a été de courte durée.

Dès 2021, la date est revenue au 7 mai, un niveau également observé en 2024, notamment en raison de la reprise des activités économiques et du trafic aérien(Nouvelle fenêtre). En 2022 et 2023, elle est même revenue au 5 mai, confirmant cette tendance. A partir de 2025, une évolution marquante apparaît : pour la première fois, le « jour du dépassement » arrive dès le mois d’avril, le 19.

Jour du dépassement en France depuis 2017

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Ces différentes dates sont calculées par l’ONG américaine Global Footprint Network, à l’origine de cet indicateur. Elle compare l’empreinte écologique, c’est-à-dire ce que les sociétés prélèvent à la planète pour se nourrir, se déplacer ou produire, avec la biocapacité de la Terre (la capacité des écosystèmes à se régénérer et absorber les déchets produits par les humains). Cette combinaison montre que les ressources annuelles seraient épuisées de plus en plus tôt si toute l’humanité vivait comme les Français.

Dès le 14 mars aux Etats-Unis

Selon les derniers chiffres de l’ONG, la planète disposait en 2024 de 1,48 hectare global par personne pour produire des ressources et absorber les déchets humains, alors qu’un Français en consomme près du double(Nouvelle fenêtre) (2,57 hectares globaux). La France n’est pas le premier pays à franchir la date fatidique. Le Qatar l’a ainsi atteinte dès le 4 février, suivi du Luxembourg le 17 février et Singapour le 23 février. Les Etats-Unis, eux, l’ont franchie le 14 mars. La date du « jour dépassement » à l’échelle mondiale sera quant à elle dévoilée le 5 juin, précise Global Footprint Network à franceinfo.

L’ONG américaine explique que cet indicateur sert de « thermomètre » pour évaluer la pression exercée sur les ressources naturelles et vise avant tout à sensibiliser la population à la protection de l’environnement. En France, cette date située désormais en avril illustre une tendance : le pays consomme bien avant la fin de l’année ce que la nature est capable de reconstituer en douze mois. « Cette échéance est un nouveau signal d’alerte » face à la surexploitation des ressources et des écosystèmes, avertit Jean Burkard, directeur du plaidoyer de l’organisation de préservation de l’environnement WWF France.

Des politiques environnementales toujours insuffisantes

La branche française de l’ONG souligne que ce calcul prend en compte l’exploitation de l’activité humaine sur l’eau, le bois ou encore la production de nourriture comme la viande ou le poisson. « Face à ses différents facteurs, on voit qu’on vit à crédit », explique l’activiste, soulignant que la France émet encore plus de gaz à effet de serre (GES) que ce que la planète peut absorber. Il rappelle que ces GES ont reculé de 1,6% en 2025, mais moins que les années précédentes. « On reste loin de la réduction nécessaire pour respecter les objectifs climatiques », pointe-t-il, soulignant que l’objectif de la réduction des émissions de 4% par an d’ici 2030, fixée par la troisième stratégie nationale bas-carbone (SNBC 3), est insuffisante « pour un renouvellement correct ».

Le « jour du dépassement » révèle par ailleurs que le modèle de consommation français continue de puiser dans le capital naturel et que les politiques environnementales ne sont toujours pas assez adaptées, selon Jean Burkard. Il alerte notamment sur le projet de loi d’urgence agricole, qui vise à assouplir les règles de stockage d’eau pour l’irrigation agricole. « Cette loi pourrait favoriser un pompage excessif des nappes phréatiques et un impact sur la biodiversité », dénonce-t-il. La réponse du gouvernement reste « marginale », selon la WWF France, et ne permettrait d’économiser « qu’environ 2% de l’eau utilisée par l’agriculture ».

Comment inverser durablement la tendance ?

Malgré le signal d’alarme lancé, la tendance peut encore s’inverser selon les deux ONG. « C’est toujours possible. On l’a vu lors du Covid-19 : la date a reculé de près de quinze jours, notamment grâce à la baisse des émissions liées aux transports », appuie Jean Burkard. Face à ce recul net, la WWF insiste sur l’existence de solutions, en passant par une agriculture plus résiliente et moins consommatrice en eau, par la protection et la restauration des écosystèmes et la réorientation des politiques publiques vers une sobriété énergétique et la préservation du vivant.

Mathis Wackernagel, cofondateur de Global Footprint Network, partage le même constat. Selon lui, la pression pourrait diminuer de manière contrainte, à mesure que certaines ressources naturelles, comme le pétrole, s’épuisent progressivement. « Il faut que le monde comprenne que les ressources essentielles ne peuvent se régénérer aussi rapidement que l’activité humaine. »