6 090 CAPTAGES D’EAU FERMÉS À CAUSE DES PESTICIDES

captage d'eau
captage d’eau

LA RELÈVE ET LA PESTE

En 45 ans, 6 090 captages d’eau potable ont été fers à cause des pesticides

 

Entre 1980 et 2025, 14 640 captages d’eau potable ont été fermés en France, dont 41,6 % du fait de teneurs excessives en nitrates et/ou pesticides. Face aux conséquences sanitaires et économiques désastreuses, des associations attaquent l’Etat en justice pour ses manquements concernant l’eau potable.
Un phénomène de pollution massif
La pollution de l’eau est désormais un phénomène massif. Après plus de 60 ans d’inaction de l’État, les conséquences sont dramatiques : au moins 19,2 millions de Français ont consommé une eau non conforme aux normes de qualité en 2024, selon le ministère de la Santé.
Les pesticides ont été détectés dans 97 % des stations de surveillance de l’eau et leur concentration a dépassé les normes dans près de 20 % d’entre elles, situées en majorité dans les grandes plaines céréalières et industrielles du nord de la France (Bassin parisien, Beauce, Picardie, Champagne…), où les épandages sont plus fréquents.
Parmi les molécules dangereuses, fin 2025, l’ANSES a révélé une contamination quasi généralisée au TFA (acide trifluoroacétique), le plus répandu des PFAS : cette substance a été détectée dans 92 % des échantillons d’eau potable analysés.
« Les PFAS sont issus de l’industrie, et de l’agriculture ! », précisait le député Jean-Claude Raux pour La Relève et La Peste. Il portait une proposition de loi pour protéger les captages d’eau potable des pesticides, retoquée par le RN et LR. « Il y a des PFAS partout dans l’eau en France car on a eu l’idée « géniale » d’en mettre aussi dans les pesticides et herbicides, comme le flufénacet. On n’a pas d’industrie aux PFAS en Loire-Atlantique et pourtant, il y a du TFA un peu partout dans l’eau »
En France, 71 % des métabolites de pesticides à risque de contaminer les eaux souterraines ne font l’objet d’aucune surveillance. Un rapport interministériel de juin 2024 a lui-même conclu à « l’échec global de la préservation de la qualité des ressources en eau » concernant les pesticides.
De la gabegie d’argent public
Au-delà des répercussions sanitaires, la pollution généralisée de nos cours d’eau entraîne une pression énorme sur la ressource, et menace l’accès à l’eau potable de la population. Entre 1980 et 2025, 14 640 captages d’eau potable ont été fermés, dont 21,7% à cause des pollutions industrielles et urbaines (hydrocarbures, nickel et fluorures en tête). Et la situation ne fait que se dégrader.
Au total, la France compte 32 800 captages d’eau potable. Depuis 2020, quelques centaines de captages sont fermés tous les ans. Parmi eux, près de 26% le sont pour des raisons de contamination microbiologique ou chimique, tandis que 6% à 11% le sont à cause des pesticides.
Quand les captages ne ferment pas, l’eau doit être dépolluée pour respecter les normes sanitaires. Chaque année, les coûts liés aux services de l’eau en lien avec les pollutions d’origine agricole s’élèvent jusqu’à 1,5 milliard d’euros, payés par les consommateurs et consommatrices sur leurs factures d’eau.
Par ailleurs, selon la Cour des comptes, la dépollution de l’eau vis-à-vis des pesticides engendre 251,7 millions d’euros par an de coûts supplémentaires. A ces coûts liés à la dépollution s’ajoutent toutes les subventions allouées aux agriculteurs pour les inciter à se passer des pesticides, sans que cela fasse l’objet de contrôle ou d’obligation de résultats. « On n’en peut plus », dénonce Michèle Jund de la FNE auprès de La Relève et La Peste. « Cela fait 40 ans que je travaille sur les zones humides, et 40 ans que les agriculteurs de la FNSEA freinent des quatre fers pour protéger l’eau ».